Tout sur Robert (ou pourquoi il aurait mieux valu qu'il tombe dans les pommes)

Publié le par Nathalie R.

Tout sur robert 1A défaut d'y avoir jamais officiellement habité, j'ai toujours vu la Cité Universitaire internationale comme un grand verger de culture et de partage, un jardin des Hespérides doublé d'un eldorado de l'esperanto. Aussi suis-je toujours dans un état d'esprit un peu particulier quand je vais au théâtre qu'abrite cette verte utopie coincée entre le parc Montsouris et le périphérique.

Ce lundi-là il y avait foule effeverscente dans le hall magistral du pavillon principal de la Cité U ; j'en fus étonnée avant de découvrir que c'était jour de cabaret burlesque et je grillai la queue survoltée pour rentrer dans la salle où devant un public moins émoustillé se jouait la première de Robert Plankett.

La jeune fille qui vérifie que l'assemblée a été assez civilisée pour éteindre ses portables commence à nous questionner sur nos attentes quant au début de la pièce, sur notre rapport avec elle, son intervention et je dois avouer que deux minutes durant ce préambule m'a fait craindre une pièce très conceptuelle. Je ne regrette pas ce faux aiguillage car il n'en a rendu que plus vif mon plaisir à me laisser happer, transporter par cette pièce.

 

L'exposition se fait par le biais d'une communication téléphonique à mi-chemin entre formalité et absurdité : la même jeune fille à l'intervention ambigue s'enquiert de la marche à suivre pour suspendre la ligne d'un mort.

Robert est mort et ses proches sont sous son toit pour trier et régler ses affaires.

Comme le laisse entrevoir progressivement les découpes faites chirurgicalement dans le rideau de kraft qui nous sépare du vif de l'action, ils s'agitent pour se répartir les livres du défunt et pendant que cette chaine fonctionne, les souvenirs se mettent en branle. L'une se souvient d'un plan de Paris, des zones traversées et des mots échangés avec Robert quand ils étaient plus jeunes.

L'écran en kraft est totalement arraché on rentre dans le vif du sujet, chacun s'efforce de faire place nette mais il y a des perturbartions des mutismes, un provoqué par l'amour qui n'ose se déclarer, l'autre bien plus pathologique d'un frère dont il faut deviner les pensées et que, sur le coup de l'émotion, certains voudraient bien secouer.

Il y a des suceptibilités, des nerfs à vif, des requêtes déplacées. Robert tourne autour comme s'il n'arrrivait pas à les quitter, comme s'il était empêtré dans leurs revendications, dans leurs appropriations. Il prend même part à l'explication très pédagogique de la doctoresse du clan qui détaille, étape par étape, tout le processus de l'AVC qui a frappé Robert, qui a fait rouler les pommes à ses pieds avant que son cerveau se déconnecte.

Après s'être partagé ses biens, va se poser la question cruelle et cruciale à qui revient ces cendres à ceux qui l'entouraient, le chérissaient ou à ceux qui l'avaient mis au monde et  élevé ?

Avec une très belle approche de l'espace, du son et de la matière et une maîtrise affirmée du symbolique et du solennel, Jeanne Cadel signe une réflexion à la fois profonde et légère, émouvante et drôle sur le deuil, l'appartenance, la fragilité de toute expérience humaine.

 

Et sur les pépins qui adviennent parfois avant qu'on ait atteint le trognon.

 

D'où mon envie de célébrer ce spectacle tendre, à la spontanéité printanière dans un cadre hivernal par un cake, un cake réconfortant dans l'épreuve, un cake pommes-frangipane.

 

Représentation pour un moule à cake, trois coeurs et quelques miettes

 

Casting

1kg de pommes

200g de cassonade

4 oeufs

180g de farine

1 c. à café de levure chimique

75g d'amandes en poudre

 

Et pour l'interlude frangipane

Le jus de pommes rapées (cf les didascalies)

50 g de beuure

100g de poudre d'amande

100g de sucre glace
2 oeufs

1 bouchon d'Amaretto

 

Didascalies

Eplucher les pommes

En faire compoter 700g et raper le reste

Essorer les pommes rapées et reserver le jus ainsi obtenu pour la frangipane

Battre énergiquement la compote,  la cassonade, les oeufs, la farine, la levure et les amandes en poudre

Répartir dans cette pâte les pommes rapées

Mélanger tous les ingrédients de la frangipane.

Verser un 1/3 de la pâte à cake dans le moule puis alterner avec la frangipane et couvrir avec le reste de la pate.

Cuire environ une heure à 180°C puis laissez refroidir avant de déguster.

 

PS

Robert Plankett se joue au théâtre de la Cité U jusqu'au 29 janvier puis au Théâtre de Vanves le 4 et 5 février

Publié dans Planches brûlantes

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